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Ma démarche 04-2008

Philippe De Gobert " Ma démarche"
Ma démarche consiste à rêver, à imaginer un lieu, puis à le construire de toutes pièces, mais mon chantier est à l'échelle d'une maquette, l'entreprise qui s'annonçait fastidieuse devient de ce fait ludique.
Le temps ne s'écoule plus au même rythme, tout peut très vite être remis en question, comme dans les jeux d'enfants: "on faisait comme si ..,on disait que..".
Sur un modèle réduit, les modifications se font presque aussi vite qu'on les imagine.
Autant que possible j'utilise des matériaux qui correspondent à ceux que l'on mettrait en oeuvre à vraie grandeur.
Généralement les maquettistes se heurtent à des difficultés insurmontables parce qu'ils essayent de refaire en petit ce qui existe en grand, ils tentent une représentation. J'inverse le processus, je pars des matériaux existants: le bois, le plâtre, la poussière, le papier, en les choisissant pour leur rendu naturel; je choisis les petits objets pour ce qu'ils m'évoquent à leur échelle en les considérant mentalement comme étant à ma dimension.
J'évacue la prouesse, je procède à une simple mise en oeuvre qui est le fruit d'une patiente observation des choses. C'est en regardant longuement des cailloux que je trouve un rocher (comme dans les images fractales, l'univers semble se répéter à l'infini quand on s'en approche).
Cette première phase du travail est destinée à en préparer une seconde (la photographie), elle est cependant vécue comme une expérience en soi qui pourait s'arrèter là, pour certains modèles ce fut d'ailleurs le cas, soit qu'il s'avéra impossible de les photographier, ou que les résultats obtenus en images ne fussent pas à la hauteur des espoirs investis dans la construction.
Les modèles ont le statut de" sculptures" et sont exposés à condition que la configuration des lieux permette d'éviter toute interférence de perception entre les images photographiques de grand format et l'approche visuelle des modèles eux-mêmes.
Le modèle est construit pour être photographié en studio, et éclairé artificiellement, selon des techniques très proches de celles du cinéma.
Une ambiance lumineuse qui semble naturelle et simple, peut parfois nécéssiter un éclairage complexe, obtenu au moyen de multiples sources.
Comme tous les décors de plateaux, ils sont entièrement démontables, ménageant
le recul nécéssaire à la caméra pour les champs et les contre-champs.
Sur le plan technique, les prises de vues sont réalisées à la chambre de format 10x12cm, elles sont une sorte de compromis entre la nature morte et la photo d'architecture; la camera occupe presque autant de place que le sujet.
Contrairement à la photographie d'architecture, où le manque de recul nécéssite l'usage de très grands angulaires, j'utilise des objectifs normaux ou des focales légèrement plus courtes; ce qui me permet d'obtenir des images proches de la vision humaine, qui perçoit l'espace sans déformations excessives.
Dans certains cas j'introduis des perspectives artificielles dans les modèles en ouvrant les angles des murs. Souvent je modifie en partie la construction en cours de prise de vue, en fonction des résultats obtenus sur les polaroïds.
Alors que la photo d'architecture donne à voir une image plus petite que son modèle je montre une image, généralement en noir et blanc, et très agrandie (de 80x100 à 150x200 cm ) d'un sujet qui ne mesure que deux ou trois décimètres dans la réalité.
De ce fort agrandissement, qui accentue les imperfections de la maquette, nait
un trouble fort intéressant, donnant à l'image un aspect pictural qui rejoint le climat poétique recherché dans le modèle .